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Niger : Enquête parlementaire indépendante sur la situation dans le Nord
Excellence, Monsieur le Président, J’ai l’honneur de demander à l’Assemblée Nationale, représentation du peuple, de diligenter une enquête indépendante sur la situation du conflit dans le Nord et de s’impliquer dans la recherche d’une solution négociée et rapide face à la situation humanitaire critique que connaît cette région du Niger et à ses conséquences sur le reste du pays. En effet, depuis le début dudit conflit, l’ANDDH a joint ses efforts à ceux de l’ensemble des acteurs de la société civile soucieux de la préservation de la paix et de la stabilité de nos institutions démocratiques, pour mener des réflexions qui ont permis de faire des propositions concrètes de sortie de crise à court, moyen et long termes. Ces pertinentes propositions, ont été adressées aux autorités mais sont restées, à ce jour, sans suite. Aussi, l’ANDDH se tourne-t-elle enfin vers vous, Excellence, Monsieur le Président, et l’ensemble des élus du peuple, pour exprimer ses vives préoccupations qui fondent cette saisine pour une enquête par votre auguste institution elle-même. Cette enquête, à l’instar de celle que vous avez réalisée sur l’exploitation de l’or à Samira et que l’ensemble du peuple nigérien a saluée, fera la lumière sur la situation réelle sur le terrain face aux cris de cœur des populations que vous représentez. Ce qui vaut pour l’or, l’est assurément plus pour des populations, dans le contexte d’un conflit qui provoque en ce moment une véritable crise humanitaire. Excellence Monsieur le Président, je voudrais d’abord vous rappeler, les conséquences de la première rébellion armée des années 1990, sur le plan économique mais surtout au plan des graves violations des droits de l’Homme restées, à ce jour, impunies du fait de la non indépendance de notre système judiciaire. Il s’agit, entre autres, des cas de Tchintabaraden au Nord, celles de Boultoungour et de Danjumo à l’Est du Niger, où des populations innocentes ont été sommairement exécutées. Si la justice nigérienne semble avoir oublié ces cas, le tribunal de l’histoire y reviendra le jour où l’Etat de droit et l’égal accès de tous à la justice, seront une réalité au Niger. C’est pourquoi, l’ANDDH profite de cette occasion pour rappeler aux belligérants du conflit actuel, qu’il n’y a aucun doute que les auteurs de crime de guerre et de crime contre l’humanité qui seraient perpétrés aujourd’hui, comme ceux du passé, soient traduits devant les tribunaux compétents et indépendants. En outre, Excellence, Monsieur le Président, l’ANDDH a été saisie à plusieurs reprises de la crise humanitaire que vivent les populations de la région d’Agadez. Les affrontements entre les Forces de Défense et de Sécurité et le Mouvement des Nigériens pour la Justice/MNJ (les affrontements et/ou attaques à Iférouane, à Tizerzaït, à Tchirozérine, à Agadez, à Tanout, à Gougaram, à Banibangou, à Dabaga, à Tidène, etc.) ont occasionné plusieurs victimes de part et d’autre. Cette situation n’épargne pas non plus les populations civiles qui ne sont pas partie au conflit. A titre d’exemples, nous avons été saisis sur les cas de tueries parmi les plus récentes occasionnées durant les derniers évènements dans les zones de Dabaga et de Tidène : 1. Mr Hada Barégha, 67 ans (éleveur) tué à Ghabda (à10 km de Dabaga 2. Mr Aboubacar Attouladji dit Kizaba 65 ans, commerçant dans la commune de Dabaga 3. Mr Mohamed Alane 35 ans, jardinier (Dabaga) 4. Hamad Rhissa à Taboulnet dans la vallée de Tidène 5. Elhadj Ginadane à Taboulnet dans la vallée de Tidène 6. Enggall Rhissa à Taboulnet dans la vallée de Tidène 7. Deux (2) élèves à Sakafate dans la vallée de Tidène Toutes ces victimes seraient des populations civiles innocentes. Cette enquête parlementaire pourrait situer les circonstances de leur mort, les auteurs de ces actes et les responsabilités. Les nigériens ne sont-ils pas en droit de se poser la question sur la vraie portée des décisions successives de mise de garde sur l’étendue de la Région d’Agadez ? L’esprit de la mise en garde tel que prévu par la Constitution dont vous êtes les garants, n’est-il pas de créer les conditions de sérénité et de discernement nécessaires à la sécurisation des populations ? Ce qui se passe en ce moment, n’indique-t-il pas suffisamment le contraire, pour que le parlement en contrôle aujourd’hui sa vraie efficacité en tant qu’acte de l’exécutif ? Ensuite, selon des sources concordantes, après les mouvements des populations d’Iférouane vers Tchirozérine, Agadez et Arlit, les populations de plusieurs campements seraient en ce moment entrain de fuir les zones de conflit à la recherche d’abris plus sûrs. C’est notamment le cas de celles de Dabaga et de la vallée de Tidène qui furent récemment le théâtre d’opérations ou d’affrontements armés. A ce jour, aucun dispositif n’a été mis en place par l’Etat pour accueillir les populations déplacées abandonnées à elles-mêmes dans un contexte de renchérissement de la vie. Pire, à cette insécurité qui s’est presque généralisée, les populations de l’ensemble de la région d’Agadez, en particulier les populations des départements d’Arlit et de Tchirozérine réparties dans les communes d’Iférouane, Gougaram, Arlit, Timia, Tabélot, Dabaga, Tchirozérine, Aderbissenet, Ingall et bien d’autres localités, font face à une insécurité alimentaire très préoccupante. A la date de décembre 2007, plus de 18 000 personnes étaient déjà concernées par une crise alimentaire aiguë. Aussi, à cette situation humanitaire déjà critique, s’ajoute-t-elle la psychose liée aux multiples arrestations dont les populations estiment faire l’objet. Les personnes interpellées sont en détention préventive dans les différentes maisons d’arrêt du Niger. Certains prévenus rencontrés par notre Association, affirment n’avoir toujours pas été entendus. Il faut enfin souligner les impacts environnementaux de l’exploitation de l’uranium sur la vie des populations, notamment le problème de la radiation à Arlit et à Akokan. Les impacts environnementaux des recherches engagées par les sociétés étrangères, notamment dans la vallée de l’Ihrazer, sont en train de provoquer une véritable catastrophe environnementale. Face à cette situation humanitaire très critique que vivent les populations de la région du Nord et qui nous interpelle tous, l’ANDDH n’a pas le moindre doute que l’Assemblée Nationale, représentation du peuple, donnera une suite favorable à la présente saisine. En définitive, nous lançons un appel à votre auguste Assemblée afin qu’elle s’implique davantage et de manière irréversible, dans la recherche d’une solution négociée, rapide et durable à ce conflit fratricide qui dure depuis un an et deux mois. Recevez, Excellence, Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale, l’expression de ma profonde considération. Ampliations : Présidence de la République Primature Ministre d’Etat, Ministre de l’Intérieur Ministre de la Justice, Garde des Sceaux Ministre de la Défense Nationale Toutes ambassades PNUD et institutions spécialisées des Nations Unies au Niger UIDH FIDH CADHP Union Africaine/Union Européenne/CEDEAO HCR CICR IDDH NED CARITAS Danemark NOVIB OXFAM QUEBEC OXFAM GRANDE BRETAGNE EIRENE/DED/SWISSAID/FRIEND Tous groupes parlementaires/partis politiques Pour le BEN/ANDDH
Le Vice Président
Dr Badié HIMA
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